« Parents, arrêtez de surprotéger vos enfants »

Dans son cabinet, Philippe Béague a vu défiler des bataillons de parents en difficulté. C’est dire si ce psychanalyste, par ailleurs directeur de l’association Françoise Dolto, en connaît un rayon sur les dérapages de l’éducation parentale. Selon lui, cela ne fait pas un pli: si les familles sont de plus en plus nombreuses à entrer en conflit avec le monde de l’enseignement, c’est parce qu’elles ne parviennent plus à concilier les verbes « aimer » et « éduquer ».

Pourquoi tant de parents se permettent aujourd’hui d’ouvertement critiquer les enseignants?
Philippe Béague – Depuis mai 68 et singulièrement ces vingt dernières années, nous connaissons une immense crise d’autorité. Le patron, le roi, Dieu… tout ce qui vient d’en haut est mis en doute. Alors que nous fonctionnions auparavant dans un système hiérarchique très précis, tout le monde se sent aujourd’hui l’égal de l’autre. Et tout doit être négocié. Cela s’applique aussi aux relations que les parents entretiennent avec l’école. Pourtant, les profs savent ce qu’ils font. C’est leur métier de faire réussir le CEB ou la rhéto à leurs élèves.

Et le rôle premier des parents, c’est d’éduquer…
Oui, mais actuellement, les parents sont enfermés dans un lien d’amour inconditionnel avec leurs enfants. Comme il y a déjà tellement de tensions à l’extérieur du cocon familial, ils refusent tout conflit à l’intérieur de celui-ci. Des parents en viennent même à dérouler le tapis rouge à leur enfant et à entretenir avec eux un rapport de séduction. Du coup, l’amour l’emporte sur l’éducation et le laxisme s’installe. Il y a 30 ans, les enfants arrivaient éduqués à l’école. Aujourd’hui, il faut un mois pour que les petits de première maternelle se mettent à respecter un minimum de consignes. Parce que chez eux, ces enfants ont presque plus de place que les adultes.

Ce sont des enfants rois auxquels personne ne peut toucher, y compris les profs?
Oui, les parents surprotègent et survalorisent leur progéniture, comme si celle-ci ne pouvait atteindre le bonheur qu’à travers eux. Cela vire à une relation fusionnelle dans laquelle personne ne peut entrer. Et, du coup, il n’appartient qu’à eux, estiment-ils, d’éduquer leur enfant. Ils font là une erreur fondamentale. Avoir beaucoup d’adultes référents aide les gamins à grandir et à entrer dans la société. Les pères et mères doivent vraiment apprendre à lâcher prise. Ils feraient peut-être bien de s’inspirer des villages africains où, pour un enfant, tous les adultes sont des parents. D’ailleurs, ces professeurs qui refusent de se mêler d’éducation et ne veulent se focaliser que sur leur travail d’enseignement se trompent car, je le répète, tout adulte face à des enfants est un éducateur.

La souffrance des profs, vous la comprenez?
Oui, parce que, comme tout être humain, ils attendent d’être respectés. Ils ont le besoin narcissique – dans le sens positif du terme – que les parents leur délèguent des responsabilités, apprécient leur travail, se rendent aux réunions des parents, suivent la scolarité de l’enfant. Quand rien de tout cela ne se produit, ils se sentent nuls. Émotionnellement, ils vivent ça très mal.

Comment éviter d’en arriver là et prévenir le conflit entre parents et enseignants?
Lors des inscriptions, la direction devrait dire aux parents qu’elle porte un projet de collaboration, qu’elle les considère comme très importants et qu’elle veut travailler avec eux. Puis, il faut susciter l’envie de se revoir au cours de l’année pour sceller une alliance éducative indispensable à l’enfant.

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