Le cyber-harcèlement

« La génération girafe ». C’est ainsi que Yannick Chatelain, enseignant-chercheur, spécialiste des nouvelles technologies, surnomme les ados d’aujourd’hui, qu’il considère tous comme “geeks”. « La girafe est le mammifère qui dort le moins sur terre, explique-t-il. Elle surveille son environnement en permanence, dans l’attente d’un message, dans la crainte d’un danger. » Et force est de constater que les ados sont pareils : leur savane, ils la surveillent depuis Facebook, et l’alertent par un texto. Toujours dans l’attente d’un coup de fil, d’un message, d’un commentaire. Leur téléphone portable a remplacé leur journal intime. Il y a “toute leur vie” dedans. Le souci ? C’est que ce phénomène d’hyper-connexion en rencontre aujourd’hui un autre, celui de l’habituation, depuis leur plus tendre enfance, à la violence. « Dès 3 ans, s’indigne Jean-Charles Nayebi, psychologue et psychothérapeute, les enfants commencent à dégoupiller des tortues méchantes, à 5 ans ils ratatinent des monstres, et à 10 ans ils violent et braquent des banques dans les jeux vidéos. Ils ne savent plus ce qu’est la valeur d’un être humain. » Résultat : près d’un quart des moins de 18 ans dit avoir déjà été victime d’insultes ou de rumeurs sur les réseaux sociaux et le moindre conflit, via les nouvelles technologies, prend une ampleur qu’il n’aurait pas pris hier.

Le cyber-harcèlement : une violence décuplée

Attention, mettent en garde les spécialistes, pour comprendre le rôle des nouvelles technologies dans les rapports entre ados, il faut d’abord se méfier des amalgames. Internet, les réseaux sociaux et autres téléphones portables ne sont pas, en eux-mêmes, générateurs de violence. C’est l’usage qui en est fait, qui peut être dangereux. « Les nouvelles technologies permettent une propagation et un enchaînement qui n’existaient pas avant, analyse Jean-Charles Nayebi. La société virtuelle est en fait une transposition de la société réelle, mais de façon exacerbée. »

Pour expliquer comment l’agressivité d’une jeune fille envers une autre est complètement décuplée lorsqu’elle s’exerce à travers les nouvelles technologies, le psychologue en identifie les trois effets les plus dangereux. « Il s’agit de l’effet de propagation, de celui de la permanence, et de celui de l’aggravation. » La propagation, c’est la vitesse et l’ampleur avec lesquelles les propos ou les images vont se diffuser. « C’est une chose d’être harcelé par une personne, c’en est une autre de l’être par 5, et c’est encore autre chose de l’être par 5 personnes, approuvées par 15 autres. On se retrouve alors face à une masse, face à une armée. C’est ce qu’il y a de plus déstabilisant. » La permanence, c’est ce que Yannick Chatelain résume par « Internet n’oublie pas. » Quant à l’aggravation, elle est essentiellement liée au fait que les pulsions agressives s’expriment de façon beaucoup plus élaborée et désinhibée lorsqu’elles sont formulées en groupe ou de façon anonyme, ce que permettent les nouvelles technologies.

Un rapport à l’autre déshumanisé

Autre particularité de l’hyper-connexion ? L’effacement des frontières, entre le public et le privé, le personnel et le professionnel, et pour les ados, entre l’école et la maison. Là où l’enfant pouvait auparavant se sentir en sécurité, chez lui, le danger est venu s’immiscer. « Il n’y a plus de limites, se désole Yannick Chatelain. Même à la maison, l’enfant continue d’être poursuivi par celui qui lui pose des problèmes dans la cour de récré. Sans oublier que derrière son ordinateur ou son téléphone portable, le harceleur n’a pas besoin d’être physiquement plus fort pour intimider sa victime. » Ce qui explique que certains adolescents, dont on n’aurait jamais pensé qu’ils puissent intimider un camarade, se retrouvent aujourd’hui dans le camp des harceleurs.

Mais si les désinhibitions participent à l’engrenage de cette violence, les nouvelles technologies provoquent aussi une déshumanisation des rapports entre les hommes, et donc, entre les jeunes. Leurs rapports sociaux vont aujourd’hui aussi vite que sur internet. « En une journée, constate Jean-Charles Nayebi, un adolescent est capable de sortir avec deux personnes différentes et d’avoir rompu avec elles dans la foulée. » Car pour certains d’entre eux, il suffit de changer de statut Facebook pour changer de partenaire.

Pour Yannick Chatelain, le principal problème du web réside surtout dans la distance qu’il met à l’autre. Une distance qui neutralise l’empathie. « Lorsque vous blessez une personne en face de vous, que vous lui faites mal, vous le voyez tout de suite, et vous pouvez avoir de la souffrance pour lui. Avec les nouvelles technologies, la souffrance de la victime n’est pas vue par le harceleur, et c’est ce qui lui permet d’aller de plus en plus loin. Il suffit de voir les mails parfois très agressifs que l’on s’envoie entre adultes. Nous avons nous-mêmes du mal à les gérer. Pour un enfant de 13 ou 15 ans, ce type de propos violents, agressifs, disqualifiants, sont émotionnellement impossibles à gérer. »

Parents : un rôle de vigie essentiel

Mais comment expliquer que les parents tombent des nues lorsqu’ils découvrent que leur enfant est la victime, ou l’auteur, de cyber-harcèlements ? « C’est tout simplement parce que c’est la première fois, dans l’histoire de l’humanité, que la génération d’en-dessous a un usage et une maîtrise des technologies, et donc une forme de savoir, supérieure à la génération qui est censée lui enseigner l’utilisation de ces outils, analyse Yannick Chatelain. » Bien conscients de cette problématique, les spécialistes restent néanmoins convaincus que les parents, même s’ils ne maîtrisent pas l’outil numérique, ont un rôle à jouer.

« La première chose que les enfants doivent apprendre, estime le spécialiste, c’est à respecter l’image d’autrui. Ils n’ont absolument pas conscience que l’image de leurs camarades ne leur appartient pas et qu’ils n’ont pas le droit de la diffuser via les nouvelles technologies. » Pour le psychologue Jean-Charles Nayebi, c’est aussi un rôle d’accompagnement qui doit être pris. « Les parents doivent être au courant des activités numériques de leur enfant. Lire son blog ou son profil Facebook, ses commentaires, et en parler avec lui s’il y a des choses qui posent problèmes. Les enfants ne doivent pas être seuls face à l’outil numérique, et savoir qu’ils peuvent parler à leurs parents en cas de souci. » Un accompagnement qui peut aussi s’appuyer sur certaines règles de vie : pas d’ordinateur dans la chambre avant 15 ans, pas de connexion passée une certaine heure… Et pourquoi ne pas leur interdire, tout simplement ? « Ce n’est pas une solution, affirme Jean-Charles Nayebi. Les enfants vont devoir utiliser les outils numériques toute leur vie et c’est aujourd’hui qu’il faut qu’ils apprennent à le faire. Ils doivent en connaître les travers comme les avantages. D’autant que c’est un savoir qu’ils devront à leur tour transmettre. L’éducation d’aujourd’hui passe aussi par l’éducation numérique. »

Quelle place pour l’école ?

Les parents réfractaires aux nouvelles technologies ou trop dépassés aimeraient pouvoir se reposer sur l’école, lieu de tous les apprentissages. D’ailleurs, certains s’indignent que le collège ne se soit pas rendu compte que leur enfant était harcelé. « Il ne faut pas être naïf, met en garde le psychologue, avec l’augmentation des effectifs dans les classes, même les profs les plus sensibles sont rendus à avoir un fonctionnement machinal. Ils n’ont pas le temps de faire de la psychologie ou de la médiation sociale. Pour repérer un harcèlement, il faudrait que le prof soit sensible à ces problématiques, qu’il se rende compte, parmi sa classe de 30 ou 40 élèves, que l’un d’eux a subitement changé de comportement, puis qu’il ait le temps d’aller vers lui. Cela fait trop de “si”. On ne peut pas compter sur l’école pour tout. On voudrait faire un lieu de vie de ce lieu d’apprentissage, mais avec si peu de moyens, c’est impossible. »

Jean-Charles Nayebi milite surtout pour plus de prévention à l’école. Comme on le fait déjà pour la drogue, l’éducation sexuelle ou encore la prévention routière, il aimerait que des séances de prévention consacrées à l’usage des nouvelles technologies soient dispensées. « Certains pensent qu’il faut demander aux personnes de Facebook de gérer elles-mêmes la modération. Mais on apprend dans la foulée que Facebook, aujourd’hui interdit aux moins de 13 ans, souhaite s’ouvrir aux 9-13 ans. On ne peut pas compter sur les industriels pour faire de la prévention. » Et ce, d’autant plus que l’on sait aujourd’hui que chez les 8-12 ans, un enfant sur cinq a déjà créé son compte sur le réseau, le plus souvent avec l’accord de ses parents (Source : Sondage TNS Sofres réalisé pour la CNIL et l’association e-enfance, juillet 2011).

Yannick Chatelain reste quant à lui optimiste pour demain. « Les ados d’aujourd’hui sont ce que l’on appelle des générations natives. Elles sont nées avec internet, en ont subi les difficultés. Je pense que dans l’éducation qu’elles donneront à leurs enfants, elles trouveront les bons mots. »

Les tablettes au collège ?

« Des cours de codage » et « une tablette et une formation au numérique » pour tous les élèves de cinquième à partir de la rentrée 2016 : voilà les deux principaux points du « plan numérique » pour l’école qu’a précisé François Hollande, jeudi 6 novembre sur TF1. Les tablettes au collège, c’est presque une spécialité du président de la République : la Corrèze, son fief, équipe depuis 2010 les collégiens en iPad, la tablette d’Apple, dans le cadre d’un programme pilote qui prévoyait initialement d’équiper les élèves d’ordinateurs portables.

Gadget ou vrai apport pédagogique, la tablette ? En avril, l’Université de Cergy-Pontoise a publié pour le ministère de l’éducation nationale un long rapport, portant sur des expérimentations d’usage de tablettes dans les classes de primaire de huit établissements. Tout en restant prudent, le document relève que « l’étude met à jour des cas d’usages pertinents, à valeur ajoutée pour les élèves et qui s’accompagnent d’une réflexion approfondie de la part des enseignants, autant sur des considérations didactiques et pédagogiques que sur d’autres plus techniques ». Ce constat globalement positif s’accompagne cependant de points de vigilance importants, sur le niveau d’aisance et de formation des enseignants à ces outils, mais aussi et surtout sur « les instruments eux-mêmes » :

« La tablette apparaît dans l’étude comme ressource, pour accompagner les activités d’écriture en fournissant les aides adaptées facilement mobilisables. Elle offre des modalités d’écriture multiples et variées à forte valeur ajoutée, combinant très facilement des médias différents : texte-son, texte-image, vidéo. Elle constitue néanmoins un frein aux apprentissages, lorsque les processus cognitifs reliés à une tâche sont perturbés par des affichages subreptices. »
>> Lire : On ne mémorise pas moins bien sur Kindle que sur papier

Surtout, le rapport de l’Université de Cergy-Pontoise soulève un point important : les tablettes, avec leurs interfaces intuitives, semblent simples et pratiques, mais leur utilisation efficace en classe nécessite de faire appel à certaines fonctions avancées qui, elles, n’ont rien d’évident :

« Les enseignants concernés par l’étude ont attribué des fonctions aux tablettes (produire, s’aider, consulter, superviser) et font face à de nombreuses questions d’ingénierie […]. Ils ont développé des schémas professionnels parfois inédits, et élaboré une technicité en conceptualisant certains processus afin de les rendre intelligibles à leurs élèves. Ces processus concernent par exemple la circulation des documents, le partage d’applications, l’accès à des services en ligne ou bien la convergence entre les instruments, le stockage en « cloud », l’organisation des systèmes de fichiers, etc. Cependant, les schèmes professionnels repérés dans cette étude sont souvent le fait d’enseignants déjà rompus à la pratique des technologies de l’information et de la communication en classe. Ils sont sophistiqués et s’appuient souvent sur des connaissances des technologies qui ne sont pas de sens commun. »
Systèmes fermés
Car les tablettes sont principalement conçues pour « consommer » – lecture, visionnage de vidéos – et moins pour « produire », car l’absence de clavier physique rend l’écriture de textes longs peu pratique sur ces supports. Fin 2013, le spécialiste de l’enseignement en ligne Donald Clark notait, dans un texte publié en France par Framasoft, que ni les élèves, ni les étudiants, ni les salariés ne se servent de cet outil spontanément pour apprendre ou travailler. « Les tablettes sont faites pour consommer du contenu, les ordinateurs [portables] permettent la création de contenus. Ce n’est pas parce que les choses sont belles sur un iPad qu’elles sont faciles à faire avec celui-ci », note M. Clark.
En Corrèze, le choix d’équiper les collégiens de tablettes, et plus particulièrement d’iPad, avait d’ailleurs déclenché une polémique : l’association locale de promotion du logiciel libre, Pullco, avait vivement protesté contre ce choix de matériel, arguant qu’à l’heure où les administrations privilégient de plus en plus les systèmes informatiques ouverts, aisément modifiables et configurables, l’achat d’iPad, équipés d’un logiciel fermé, était un non-sens. « L’utilisateur n’a pas la possibilité d’explorer l’outil pour le comprendre, ni de l’adapter à ses besoins. Il est contraint d’adapter ses besoins à l’outil. Par exemple le choix volontaire d’Apple d’interdire l’usage de certaines technologies comme Flash et Java sur ses tablettes rend impossible l’accès à certaines ressources éducatives », notait à l’époque l’association.

Un avis partagé par le Conseil national du numérique, un organisme consultatif du gouvernement composé d’experts, qui expliquait dans un long rapport sur le numérique à l’école rendu public en octobre que l’une des principales difficultés posées par les tablettes concernait les problèmes de compatibilité et de verrouillage : « Des tablettes propriétaires brident les outils et les contenus mobilisables par les enseignants. (…) Un inconvénient majeur des tablettes est la quasi impossibilité de les rendre interopérables. » Lors de la publication du rapport, plusieurs membres du Conseil avaient d’ailleurs fortement critiqué les plans d’équipement d’établissements scolaires en tablettes tactiles.

Peu ouvertes, les tablettes sont aussi très mal adaptées… à l’enseignement de la programmation, l’autre objectif affiché par François Hollande. L’absence de clavier, les limites logicielles, la taille de l’écran sont autant de facteurs qui rendent l’apprentissage du code difficile sur de tels outils.

La fin de l’écriture a-t-elle sonné?

ecriture.jpgSes pleins, ses déliés et l’encrier noir… Même le mot « manuscrit » renvoie à une image d’Épinal défraîchie. Car le vent a tourné et de nombreux pays entérinent la fin de l’écriture.
Aux Etats-Unis, c’est voté. Quarante-cinq Etats viennent de l’exclure de leurs programmes pour privilégier la maîtrise du clavier d’ordinateur. En Inde, l’écriture est devenue un souvenir parfois brumeux, à tel point que des cours pour adultes sont apparus pour « réapprendre à écrire à la main ». En Chine aussi, les jeunes étudiants ont de plus en plus de mal à tracer certains idéogrammes, et des journalistes y parlent de « crise de caractères chinois ». Bref, le monde semble passer lentement à autre chose qu’au trio « main-stylo-feuille ». Revue des arguments pour et des arguments contre la fin de l’écriture manuscrite :

CONTRE LA FIN DE L’ÉCRITURE

 Pour la pédagogue Laura Dinehart, l’écriture manuelle apprend à s’autoréguler, à se concentrer et contrôler ses émotions.

 La neurologue Karin Harman James a conclu que les enfants mémorisent mieux les mots qu’ils tracent à la main.

 Comme en témoignent les écrivains, écrire à la main amène à ralentir et se concentrer. Les mots leur viennent différemment, comme si la main fouillait le fond de leur mémoire, jouait avec les sonorités. Ce qui est confirmé par les neurochirurgiens.

 Confier l’écriture aux claviers, c’est devenir toujours plus dépendants de la technologie. Un crayon et un papier sont toujours plus faciles à se procurer qu’un ordinateur.

 Cela creuse le fossé technologique avec ceux qui n’ont pas accès aux claviers.

 On perd tout un art plurimillénaire : la calligraphie.

 C’est égoïste : il y a un vrai plaisir de l’écriture manuelle (le frottement sur le papier, un contact avec le réel) que l’on refuse aux nouvelles générations par « gain de temps ».

POUR LA FIN DE L’ÉCRITURE

 L’école se doit de refléter et préparer à la vie adulte, où l’écriture est de moins en moins présente. L’avenir est aux nouvelles technologies.

 Pour l’universitaire Anne Trubek, qui prépare un livre sur « l’histoire et l’avenir de l’écriture », maîtriser une belle écriture représente un biais éducatif injuste : pourquoi pénaliser, plus ou moins consciemment, les élèves tout aussi intelligents mais qui sont moins lisibles ?

 En fait, nous vivons un âge d’or de l’écrit. Les élèves lisent des blogs entiers sur internet, écrivent des textos à toute vitesse, se racontent leur vie. Il est dommage de se couper de cette vitalité en se limitant au papier manuscrit.

 Avec le passage à l’ordinateur, nous perdons certaines fonctions développées par l’écriture manuscrite, mais nous développons d’autres plus en phase avec le mode de langage rapide et interconnecté dans lequel nous vivons.

 L’important est moins comment l’on écrit que ce que l’on écrit – à la plume, au stylo, sur un clavier (et demain, peut-être, via la reconnaissance vocale, si elle se généralise).

 On demande sans cesse de nouveaux savoirs aux étudiants. Il est inévitable de devoir supprimer autre chose. Dont la cursive, qui peut être abandonnée sans douleur.

Le débat est lancé. En France, le ministère de l’Éducation a proposé aux professeurs deux nouveaux modèles d’écriture pour « permettre à l’élève et au futur scripteur de disposer d’une écriture efficace, lisible et rapide », mais surtout « adaptée aux instruments et supports contemporains. ».

Les choses changent. Alors, pour ou contre la fin de l’écriture manuscrite ?

Cours de musique : des effets bénéfiques sur le cerveau tout au long de la vie

Trois nouvelles études, présentées cette semaine à l’occasion du congrès annuel de la Society for Neuroscience à San Diego (Californie), ont montré que l’apprentissage de la musique pouvait améliorer les capacités cognitives des jeunes.
De plus, cet apprentissage peut avoir des effets sur le cerveau des enfants s’ils commencent avant l’âge de sept ans et peut même accroître la connectivité entre les différentes régions du cerveau associées à la créativité.

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« La musique pourrait offrir une autre possibilité d’accès à un système cérébral dysfonctionnel », a expliqué Gottfried Schlaug, le directeur du Music and Neuroimaging Laboratory à Harvard, au cours de la conférence. « La musique a la capacité unique de pénétrer des réseaux alternatifs et de connecter différentes parties du cerveau. »
« L’apprentissage musical précoce entraîne plus de bienfaits chez les enfants que le simple fait de faciliter leur appréciation de la musique », a confié au Guardian Yunxin Wang de la Beijing Normal University, chercheur en chef de l’une des études. « Il change le cerveau et ces changements cérébraux pourraient aussi entraîner des avancées au niveau cognitif. »

Pour l’étude précédemment évoquée, l’équipe fit passer des scanners du cerveau à 48 Chinois âgés de 19 à 21 ans, qui avaient suivi des cours de musique au moins pendant un an lorsqu’ils étaient enfant. Les chercheurs ont trouvé que les régions du cerveau en lien avec l’écoute et la conscience de soi étaient plus développées chez ceux qui avaient commencé la musique avant l’âge de sept ans.

Pour une autre étude, dont les résultats ont été présentés lors du même congrès, une équipe de chercheurs suédois a fait passer des IRM à 39 pianistes pendant qu’ils jouaient. Ceux qui maîtrisaient l’improvisation jazz affichaient un plus grand nombre de connectivités entre les trois principales parties du lobe frontal lorsqu’ils improvisaient, comme l’a expliqué la chercheuse Ana Pinho of du Karolinska Institute de Stockholm.

AFP Relax News

L’école doit s’ouvrir à  la culture du web

ordinateur1.jpgL’enquête a été réalisée par le Réseau Scolaire Européen et l’Université de Liège pour le compte de la Commission Européenne : 190 000 questionnaires ont été remplis par des étudiants, des enseignants et des directeurs d’école venant de 31 pays, dont les 27 de l’Union Européenne.

L’étude fournit des éléments de benchmarking, de comparaison sur différents sujets, depuis l’accès à des ordinateurs en classe jusqu’à l’attitude vis-à-vis de ces nouvelles technologies dans l’enseignement. Comme le dit Neelie Kroes, la commissaire en charge du dossier, « le monde numérique n’est pas qu’une question de machines, le but c’est de donner aux gens des outils pour leur permettre de développer leurs possibilités et de réaliser leurs rêves ».

C’est une belle ambition, mais qu’en est-il réellement ?

Une bonne nouvelle : jamais auparavant les élèves et leurs professeurs n’ont eu autant accès aux technologies à l’école. Le nombre d’ordinateurs dans les classes a doublé depuis 2006. En moyenne, il y a en Europe un ordinateur pour cinq élèves. Et les opinions sur cet apport est très largement positif.

Mais pays par pays, les disparités sautent aux yeux. Les pays scandinaves sont les plus avancés. Les élèves grecs, roumains, hongrois, slovaques et même italiens sont à la traîne. Au total, 20% des élèves du secondaire n’ont pratiquement jamais utilisé un ordinateur en classe. Alors que l’Europe fait face à une compétition mondiale sans précédent, c’est un très gros problème.

Et comment se classe la Belgique ?

Toutes communautés confondues, Wallonie-Bruxelles, Flandre, Germanophone, nous faisons mieux que la moyenne pour tout ce qui concerne l’équipement, selon des chiffres déjà publiés. Il y a chez nous un ordinateur pour quatre élèves.

En revanche, le niveau de confiance et d’appropriation de ces technologies, des réseaux sociaux et du web dans l’enseignement est systématiquement inférieur à la moyenne, tant chez les enseignants que chez les enseignés.

On a le matériel mais on ne sait pas comment l’utiliser.

Ca va même plus loin : nos écoles ne sont pas encore entrées dans la culture du web. A cause des lourdeurs du système. Mais aussi à cause d’un problème lancinant : le manque de formation des enseignants à l’usage des technologies en classe. Et pourtant, l’enquête montre qu’ils sont demandeurs.

Exemple révélateur : beaucoup de professeurs préparent leur cours avec leur ordinateur, mais une fois en classe, ils ne l’utilisent pas. C’est sur ce point que la Commission Européenne veut maintenant mettre l’accent en renforçant l’apprentissage, le partage d’expériences et la créativité.

Vive le chewing-gum en classe !

… en considérant que cela stimule les neurones, favorise la concentration et soulage le stress des enfants !

« Nous testons ce système depuis deux ans. Personne n’est obligé de mâcher du chewing-gum, mais cela aide les enfants à se concentrer et leur ôte du stress, notamment pendant les épreuves écrites », affirme Hans Dasch, directeur de l’école primaire de Volkenschwand, en Bavière. « La condition élémentaire de l’apprentissage dans la joie est que les enfants viennent à l’école sans appréhension et qu’ils s’y sentent bien. L’environnement doit être conçu en conséquence », ajoute-t-il. Le « projet chewing-gum » est soutenu par les autorités régionales, et repose sur certaines études qui ont conclu que cette pratique stimulait l’activité cérébrale, augmentant ainsi le niveau d’attention et la capacité de concentration. De plus, ajoute le directeur, « mâcher du chewing-gum sans sucre contribue à améliorer l’hygiène bucco-dentaire, en particulier après les repas, quand on n’a pas de brosse à dents sous la main ». Règle absolue toutefois : on mastique la bouche fermée et on jette proprement le chewing-gum, emballé dans du papier, dans les petites poubelles prévues à cet effet.
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Un article du site « passionSanté.be« 

En arrivant à  l’école, trop d’enfants sont déshydratés.

boire.jpgOn ignore si ces résultats peuvent être extrapolés à l’ensemble de la population scolaire, mais ils inciteront néanmoins tous les parents à la vigilance. L’étude a été réalisée en France, dans la région de Rennes. Elle a concerné une quinzaine d’écoles primaires et quelque cinq cents enfants (autant de filles que de garçons), âgés de 9 à 11 ans.

Les chercheurs se sont d’abord intéressés au dernier repas, petit-déjeuner ou, en l’absence de ce dernier, le souper de la veille : 10% des mômes rapportent ne pas prendre de repas – pourtant si important – le matin, et beaucoup n’avalent même aucune boisson. L’hydratation a été évaluée par analyse des urines : 63% de ces enfants se situaient au seuil d’une légère déshydratation, et pour 23% d’entre eux d’une déshydratation modérée.
La raison, indique le Dr Boris Hansel (JIM) tient à des apports liquides insuffisants – voire inexistants – au petit déjeuner ; qui ne sont certainement pas compensés, le cas échéant, par l’hydratation apportée par les aliments solides. Les garçons sont plus concernés que les filles par ces insuffisances. On ajoutera que les recommandations européennes font état, pour les enfants âgés de 9 à 13 ans, d’une consommation hydrique de deux litres par jour (les trois quarts via les liquides).

« Parents, arrêtez de surprotéger vos enfants »

Dans son cabinet, Philippe Béague a vu défiler des bataillons de parents en difficulté. C’est dire si ce psychanalyste, par ailleurs directeur de l’association Françoise Dolto, en connaît un rayon sur les dérapages de l’éducation parentale. Selon lui, cela ne fait pas un pli: si les familles sont de plus en plus nombreuses à entrer en conflit avec le monde de l’enseignement, c’est parce qu’elles ne parviennent plus à concilier les verbes « aimer » et « éduquer ».

Pourquoi tant de parents se permettent aujourd’hui d’ouvertement critiquer les enseignants?
Philippe Béague – Depuis mai 68 et singulièrement ces vingt dernières années, nous connaissons une immense crise d’autorité. Le patron, le roi, Dieu… tout ce qui vient d’en haut est mis en doute. Alors que nous fonctionnions auparavant dans un système hiérarchique très précis, tout le monde se sent aujourd’hui l’égal de l’autre. Et tout doit être négocié. Cela s’applique aussi aux relations que les parents entretiennent avec l’école. Pourtant, les profs savent ce qu’ils font. C’est leur métier de faire réussir le CEB ou la rhéto à leurs élèves.

Et le rôle premier des parents, c’est d’éduquer…
Oui, mais actuellement, les parents sont enfermés dans un lien d’amour inconditionnel avec leurs enfants. Comme il y a déjà tellement de tensions à l’extérieur du cocon familial, ils refusent tout conflit à l’intérieur de celui-ci. Des parents en viennent même à dérouler le tapis rouge à leur enfant et à entretenir avec eux un rapport de séduction. Du coup, l’amour l’emporte sur l’éducation et le laxisme s’installe. Il y a 30 ans, les enfants arrivaient éduqués à l’école. Aujourd’hui, il faut un mois pour que les petits de première maternelle se mettent à respecter un minimum de consignes. Parce que chez eux, ces enfants ont presque plus de place que les adultes.

Ce sont des enfants rois auxquels personne ne peut toucher, y compris les profs?
Oui, les parents surprotègent et survalorisent leur progéniture, comme si celle-ci ne pouvait atteindre le bonheur qu’à travers eux. Cela vire à une relation fusionnelle dans laquelle personne ne peut entrer. Et, du coup, il n’appartient qu’à eux, estiment-ils, d’éduquer leur enfant. Ils font là une erreur fondamentale. Avoir beaucoup d’adultes référents aide les gamins à grandir et à entrer dans la société. Les pères et mères doivent vraiment apprendre à lâcher prise. Ils feraient peut-être bien de s’inspirer des villages africains où, pour un enfant, tous les adultes sont des parents. D’ailleurs, ces professeurs qui refusent de se mêler d’éducation et ne veulent se focaliser que sur leur travail d’enseignement se trompent car, je le répète, tout adulte face à des enfants est un éducateur.

La souffrance des profs, vous la comprenez?
Oui, parce que, comme tout être humain, ils attendent d’être respectés. Ils ont le besoin narcissique – dans le sens positif du terme – que les parents leur délèguent des responsabilités, apprécient leur travail, se rendent aux réunions des parents, suivent la scolarité de l’enfant. Quand rien de tout cela ne se produit, ils se sentent nuls. Émotionnellement, ils vivent ça très mal.

Comment éviter d’en arriver là et prévenir le conflit entre parents et enseignants?
Lors des inscriptions, la direction devrait dire aux parents qu’elle porte un projet de collaboration, qu’elle les considère comme très importants et qu’elle veut travailler avec eux. Puis, il faut susciter l’envie de se revoir au cours de l’année pour sceller une alliance éducative indispensable à l’enfant.

Pas de télé avant trois ans !

L'affiche de la campagneTroubles du comportement tels que passivité, retards de langage, agitation, troubles du sommeil, troubles de la concentration…

1. Tout d’abord, nous savons aujourd’hui que le développement d’un jeune enfant passe par la motricité et la capacité d’interagir avec les objets qu’il rencontre. L’intelligence, à cet âge, est en effet sensorielle et motrice plus que conceptuelle ou imagée. Il est à craindre que le temps passé par l’enfant devant les programmes d’une chaîne pour bébés – qui rassurera les parents parce qu’elle est présentée comme fabriquée pour les tout-petits – ne l’éloigne des activités motrices, exploratoires et interhumaines, fondamentales pour son développement à cet âge.

2. Nous savons aussi que l’enfant n’établit une relation satisfaisante au monde qui l’entoure que s’il peut se percevoir comme un agent de transformation de celui-ci. C’est ce qu’il fait quand il manipule de petits objets autour de lui. Il est à craindre que l’installation d’un tout-petit devant un écran ne réduise son sentiment de pouvoir agir sur le monde et ne l’enkyste dans un statut de spectateur du monde.

3. Les parents peuvent être tentés d’utiliser la télévision comme moyen d’apaiser l’enfant, mais elle leur évite en réalité un travail éducatif sur lequel il pourrait s’appuyer pour grandir. Prenons deux exemples: Tous les parents savent comme le coucher d’un tout-petit est difficile: l’enfant rappelle, les parents y retournent, puis quittent sa chambre… pour revenir un peu plus tard, attirés par de nouveaux cris et finalement lui apprendre à s’endormir tout seul. Installer une télévision dans la chambre de leur enfant facilitera peut-être son endormissement, mais lui évitera d’affronter les angoisses de séparation qu’il trouvera tôt ou tard sur son chemin. Par ailleurs, l’enfant doit apprendre à faire face à l’absence, au vide, à l’ennui… c’est ce qui lui permettra plus tard de ne pas être dans une incessante avidité de consommation (achat inutiles, alcoolisme, partenaires kleenex…). Edulcorer la douleur de la frustration risque d’entraîner l’enfant dans une pseudo satisfaction par le biais d’objet externes qui ne l’apaiseront jamais car le manque est interne.

4. En outre, le bébé précocement captivé par le rythme rapide des couleurs et des sons qui se succèdent sur l’écran risque d’intérioriser ce rythme dans sa personnalité en formation. Ainsi peut s’installer un cercle vicieux tragique dans lequel les parents ne voient plus d’autre solution, pour calmer un enfant, que de le placer devant un écran… où des images et des sons qui se succèdent à un train d’enfer contribuent à accroître son instabilité. La télévision devient ce qui l’excite sans cesse selon un rythme toujours imposé par elle, et avec une intensité largement supérieure aux stimulations habituelles de la vie quotidienne. Elle devient un équivalent technologique de la relation pathogène, hyperstimulante et intrusive. D’un côté, les parents ont recours à la télé pour que leur enfant reste tranquille… et d’un autre, ce même enfant révèle une agitation croissante aussitôt que l’écran s’éteint.

5. De nombreux travaux d’éthologie, y compris appliqués à la relation mère enfant, ont montré combien l’être humain est capable de s’accrocher aux éléments les plus présents de son environnement, dès les débuts de sa vie, et notamment à ceux dont il a l’impression qu’ils le regardent. Il est à craindre que les jeunes enfants ne développent une relation d’attachement aux modèles de la télé semblable à celle qu’ils ont avec les adultes qui les entourent. On voit combien l’argument qui consiste à dire que les chaînes pour jeunes enfants ne contiennent pas de publicité est fallacieux: tous leurs programmes constituent des supports publicitaires pour les produits dérivés que l’enfant demandera aussitôt qu’il les verra! Certains enfants pourront même établir une relation d’attachement aux écrans indépendamment de tout contenu. Ils ne se sentiront sécurisés que si l’un de ces fameux écrans est allumé près d’eux. Jusqu’à devenir, plus tard, des adolescents qui attendent une approbation de ce qu’ils pensent, ressentent, et sont… à des écrans.

Oser l’apprentissage

Apprendre n'est pas confortableLes enfants vont à l’école pour apprendre ce qu’ils ne savent pas. Il serait donc normal que le temps scolaire soit un temps pour expérimenter, échouer, recommencer; un temps pour cultiver sa faculté d’apprentissage au lieu de se contenter d’exercer sa capacité de faire et de retenir.

Notre système et nos conceptions font que même lorsque nous plaçons l’enfant devant une situation où il pourrait apprendre, nous sommes très vite aspirés par le produit fini. Nous faisons tout pour que l’enfant atteigne rapidement le résultat : les exercices résolus, la synthèse pour le cahier,… Et nous croyons que lorsqu’il a écrit la solution ou réalisé le produit attendu, il a aussi appris. (…) Nous continuons à réfléchir dans une logique de production alors qu’il faudrait nous placer dans une logique d’apprentissage.

Pour nous aider à nous rendre compte jusqu’à quel point nous sommes contaminés par cette idée que la réalisation rapide du produit fini est nécessaire à la réussite, nous pouvons comparer les réponses que nous donnons spontanément aux deux questions suivantes.

Voici la première sous différentes formes : « Quand dites-vous qu’une activité de classe est bonne, qu’elle a bien « marché »?  » Quelles caractéristiques vous ont permis d’être très contents, d’être satisfaits de l’activité ? »
Quelques réponses obtenues en formations d’enseignants :

 quand les enfants ont eu du plaisir à travailler

 quand les enfants ont beaucoup participé

 quand j’ai parlé peu et les enfants beaucoup

 quand j’ai utilisé leurs apports

 quand les consignes ont été bien pensées

 quand j’ai su profiter des erreurs pour rebondir

 quand la production était terminée pour tous les enfants

 quand ils savent redire la synthèse avec leurs mots

 quand je suis allée plus loin que prévu

 quand les enfants en reparlent

 quand les enfants en veulent encore

 quand il y a eu beaucoup de recherches

 quand les difficultés ont été surmontées

 etc.

Après avoir fourni les réponses à cette question, il est intéressant de réfléchir à la seconde que voici. « Vous observez quelqu’un en activité : réalisation d’un gâteau, conduite d’une voiture, balade en vélo, jardinage, préparation d’une leçon, etc. » A quoi reconnaissez-vous quelqu’un qui est en train d’apprendre ? A quoi pouvez-vous dire : « Ce n’est pas quelqu’un qui sait « ? A quels critères, quelles caractéristiques reconnaissez-vous cette situation d’apprentissage ? ».
Voici quelques réponses obtenues :

 aux hésitations, aux tâtonnements

 à l’absence d’automatismes

 aux discussions avec les voisins

 à l’utilisation régulière de sources documentaires

 au travail peu ordonné

 à l’énervement, au découragement passager

 aux demandes d’aide près de personnes ressources

 aux relectures

 aux grandes précautions

 aux arrêts dans la réflexion

 au temps nécessaire pour la réalisation

 etc.

La comparaison des réponses que nous donnons aux deux questions ne peut-elle nous aider à réfléchir au statut que nous accordons aux essais et erreurs des enfants qui apprennent ? Sommes-nous prêts à être heureux et confiants dans le bien-fondé de notre rôle quand les enfants manifestent les comportements reconnus comme étant ceux de quelqu’un qui apprend ?

STORDEUR J., Echec à l’échec, n°100, Juin 1994