La fin de l’écriture a-t-elle sonné?

ecriture.jpgSes pleins, ses déliés et l’encrier noir… Même le mot « manuscrit » renvoie à une image d’Épinal défraîchie. Car le vent a tourné et de nombreux pays entérinent la fin de l’écriture.
Aux Etats-Unis, c’est voté. Quarante-cinq Etats viennent de l’exclure de leurs programmes pour privilégier la maîtrise du clavier d’ordinateur. En Inde, l’écriture est devenue un souvenir parfois brumeux, à tel point que des cours pour adultes sont apparus pour « réapprendre à écrire à la main ». En Chine aussi, les jeunes étudiants ont de plus en plus de mal à tracer certains idéogrammes, et des journalistes y parlent de « crise de caractères chinois ». Bref, le monde semble passer lentement à autre chose qu’au trio « main-stylo-feuille ». Revue des arguments pour et des arguments contre la fin de l’écriture manuscrite :

CONTRE LA FIN DE L’ÉCRITURE

 Pour la pédagogue Laura Dinehart, l’écriture manuelle apprend à s’autoréguler, à se concentrer et contrôler ses émotions.

 La neurologue Karin Harman James a conclu que les enfants mémorisent mieux les mots qu’ils tracent à la main.

 Comme en témoignent les écrivains, écrire à la main amène à ralentir et se concentrer. Les mots leur viennent différemment, comme si la main fouillait le fond de leur mémoire, jouait avec les sonorités. Ce qui est confirmé par les neurochirurgiens.

 Confier l’écriture aux claviers, c’est devenir toujours plus dépendants de la technologie. Un crayon et un papier sont toujours plus faciles à se procurer qu’un ordinateur.

 Cela creuse le fossé technologique avec ceux qui n’ont pas accès aux claviers.

 On perd tout un art plurimillénaire : la calligraphie.

 C’est égoïste : il y a un vrai plaisir de l’écriture manuelle (le frottement sur le papier, un contact avec le réel) que l’on refuse aux nouvelles générations par « gain de temps ».

POUR LA FIN DE L’ÉCRITURE

 L’école se doit de refléter et préparer à la vie adulte, où l’écriture est de moins en moins présente. L’avenir est aux nouvelles technologies.

 Pour l’universitaire Anne Trubek, qui prépare un livre sur « l’histoire et l’avenir de l’écriture », maîtriser une belle écriture représente un biais éducatif injuste : pourquoi pénaliser, plus ou moins consciemment, les élèves tout aussi intelligents mais qui sont moins lisibles ?

 En fait, nous vivons un âge d’or de l’écrit. Les élèves lisent des blogs entiers sur internet, écrivent des textos à toute vitesse, se racontent leur vie. Il est dommage de se couper de cette vitalité en se limitant au papier manuscrit.

 Avec le passage à l’ordinateur, nous perdons certaines fonctions développées par l’écriture manuscrite, mais nous développons d’autres plus en phase avec le mode de langage rapide et interconnecté dans lequel nous vivons.

 L’important est moins comment l’on écrit que ce que l’on écrit – à la plume, au stylo, sur un clavier (et demain, peut-être, via la reconnaissance vocale, si elle se généralise).

 On demande sans cesse de nouveaux savoirs aux étudiants. Il est inévitable de devoir supprimer autre chose. Dont la cursive, qui peut être abandonnée sans douleur.

Le débat est lancé. En France, le ministère de l’Éducation a proposé aux professeurs deux nouveaux modèles d’écriture pour « permettre à l’élève et au futur scripteur de disposer d’une écriture efficace, lisible et rapide », mais surtout « adaptée aux instruments et supports contemporains. ».

Les choses changent. Alors, pour ou contre la fin de l’écriture manuscrite ?

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