Oser l’apprentissage

Apprendre n'est pas confortableLes enfants vont à l’école pour apprendre ce qu’ils ne savent pas. Il serait donc normal que le temps scolaire soit un temps pour expérimenter, échouer, recommencer; un temps pour cultiver sa faculté d’apprentissage au lieu de se contenter d’exercer sa capacité de faire et de retenir.

Notre système et nos conceptions font que même lorsque nous plaçons l’enfant devant une situation où il pourrait apprendre, nous sommes très vite aspirés par le produit fini. Nous faisons tout pour que l’enfant atteigne rapidement le résultat : les exercices résolus, la synthèse pour le cahier,… Et nous croyons que lorsqu’il a écrit la solution ou réalisé le produit attendu, il a aussi appris. (…) Nous continuons à réfléchir dans une logique de production alors qu’il faudrait nous placer dans une logique d’apprentissage.

Pour nous aider à nous rendre compte jusqu’à quel point nous sommes contaminés par cette idée que la réalisation rapide du produit fini est nécessaire à la réussite, nous pouvons comparer les réponses que nous donnons spontanément aux deux questions suivantes.

Voici la première sous différentes formes : « Quand dites-vous qu’une activité de classe est bonne, qu’elle a bien « marché »?  » Quelles caractéristiques vous ont permis d’être très contents, d’être satisfaits de l’activité ? »
Quelques réponses obtenues en formations d’enseignants :

 quand les enfants ont eu du plaisir à travailler

 quand les enfants ont beaucoup participé

 quand j’ai parlé peu et les enfants beaucoup

 quand j’ai utilisé leurs apports

 quand les consignes ont été bien pensées

 quand j’ai su profiter des erreurs pour rebondir

 quand la production était terminée pour tous les enfants

 quand ils savent redire la synthèse avec leurs mots

 quand je suis allée plus loin que prévu

 quand les enfants en reparlent

 quand les enfants en veulent encore

 quand il y a eu beaucoup de recherches

 quand les difficultés ont été surmontées

 etc.

Après avoir fourni les réponses à cette question, il est intéressant de réfléchir à la seconde que voici. « Vous observez quelqu’un en activité : réalisation d’un gâteau, conduite d’une voiture, balade en vélo, jardinage, préparation d’une leçon, etc. » A quoi reconnaissez-vous quelqu’un qui est en train d’apprendre ? A quoi pouvez-vous dire : « Ce n’est pas quelqu’un qui sait « ? A quels critères, quelles caractéristiques reconnaissez-vous cette situation d’apprentissage ? ».
Voici quelques réponses obtenues :

 aux hésitations, aux tâtonnements

 à l’absence d’automatismes

 aux discussions avec les voisins

 à l’utilisation régulière de sources documentaires

 au travail peu ordonné

 à l’énervement, au découragement passager

 aux demandes d’aide près de personnes ressources

 aux relectures

 aux grandes précautions

 aux arrêts dans la réflexion

 au temps nécessaire pour la réalisation

 etc.

La comparaison des réponses que nous donnons aux deux questions ne peut-elle nous aider à réfléchir au statut que nous accordons aux essais et erreurs des enfants qui apprennent ? Sommes-nous prêts à être heureux et confiants dans le bien-fondé de notre rôle quand les enfants manifestent les comportements reconnus comme étant ceux de quelqu’un qui apprend ?

STORDEUR J., Echec à l’échec, n°100, Juin 1994

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